Archives quotidiennes :

Des Journées du Patrimoine aux Portes Ouvertes d’Ateliers

IMG_3353

Pour moi, dans cet entre-deux-portes’ouvertes, celle des Journées du Patrimoine, – auxquelles la Page Blanche participait pour la première fois -, et celle des ateliers de Rouen, les 27-28 septembre, une étrange découverte :

Dans le charmant petit salon italianisant que je dois restaurer dans un château du pays de Caux, des angelots, des putti innocents et joufflus à souhait, se promènent dans le plafond à caissons, peints au XVIIIème siècle et marouflés ici vers 1880. D’étranges carrés blancs régulièrement alignés à certains endroits m’intriguaient, disposés comme des sparadraps à intervalles réguliers, témoignant d’un essai minimal de réparation de quelque chose.

mitraillons

Après avoir grimpé et gratté, je m’aperçus qu’il s’agissait d’impacts de balles. La régularité de l’alignement trahissait l’utilisation de mitraillettes, les taches de rouille sous-jacentes révélant la présence des balles encore fichées dans le plafond.

Alors que je travaille depuis deux ans sur les effets de la dernière guerre sur ma famille, et sur la génération qui nous précède de manière générale, ce spectacle m’explose à la figure comme une grenade.

Toucher une présence aussi palpable de violence au coeur de cette fantaisie raffinée m’a bouleversée. Sentir de si près, de mes mains, les efforts des uns pour embellir la vie, lui donner charme, couleur et saveur, et la rage des autres à détruire, à tirer à l’aveuglette, à tuer…

Une évidence, sans doute, mais dont on tente souvent de se détourner, tant elle fait mal. Là, pas d’échappatoire : il me revient de soigner et de réparer le mal fait il y a si longtemps.

Belle passerelle entre Journées du Patrimoine et Portes Ouvertes d’ateliers, entre oeuvres du passé à faire revivre, tout en respectant leur histoire, et inspiration pour les oeuvres à venir.

Renouer la chaîne des temps pour s’ancrer un peu plus dans le camp choisi, celui de la réparation.

Adeline Gouarné