Archives mensuelles : avril 2020

Atelier Huis Confiné, inspiré par « Huis Clos »

  1. Atelier d’écriture « Huis Clos »

Nous avions commencé un travail très approfondi et intéressant sur Huis Clos . Pourquoi avais-je choisi ce texte ?

Je me souviens que cette idée m’a été dictée par la relation que j’ai établie entre la peur des abeilles évoquée par la « nouvelle » Émilie, et Les Mouches, de Sartre. C’était au début de l’année scolaire, en prévision de La Nuit du Conte, dédiée cette année au thème de la peur.

Remettant le nez dans l’oeuvre de cet auteur qui est actuellement au purgatoire des écrivains, après avoir été le maître à penser de plusieurs générations d’après-guerre, j’ai relu ses pièces.

Huis Closm’a semblé très adaptée à la thématique prévue pour l’année 2020 :Peur- Courage (!) – et à la configuration de notre groupe, avec de beaux rôles féminins et la possibilité, dans cette cellule mystérieuse, d’insérer des extraits d’autre textes.

Peur et Courage, Huis Clos,promiscuité obligatoire à l’intérieur, éloignement forcé à l’extérieur, lucarne sur le monde d’avant mystérieusement accessible individuellement, comme sur un écran … Toute ressemblance avec des situations vécues ces temps-ci serait-elle fortuite ?

Qui aurait pu penser que ce programme et cette pièce seraient à ce point performatifs ? Qui aurait imaginé ce scénario de la pandémie, du confinement, de la pause imposée à tant de nos habitudes, au regard fixé sur les chiffres de la mortalité ? Tout cela aurait paru être une plaisanterie, un gros poisson d’avril, il y a seulement deux mois !

Et pourtant…

J’aimerais que nous puissions poursuivre notre travail sur cette pièce autrement, en le nourrissant de ce que chacun(e) ressent de ce contexte étrangement ressemblant à celui que propose Sartre.

C’est pourquoi je vous propose un atelier d’écriture inspiré par ce rapprochement, dans l’idée de faire vivre les textes qui en sortiront, peut-être par le biais d’une simple lecture, si nous n’avons pas la possibilité de nous retrouver suffisamment longtemps pour envisager une mise en scène. L’important est de rester en lien et de voir comment notre base de travail, si riche, si bien commencée, peut évoluer à la faveur de l’expérience des unes et des autres.

J’espère que vous serez partantes pour cette aventure, dont les résultats seront certainement passionnants.

Nous procéderons en trois étapes.

Commencez, si vous le voulez bien,

- par m’envoyer vos mots (première étape), pour que nous puissions faire une mise en commun, selon la méthode habituelle ;

- par choisir, parmi les extraits de Huis Clos, une à trois répliques qui vous « parlent » particulièrement.

C’est sur ces bases que je vous ferai les propositions pour les étapes suivantes.

      1. Première étape : constitution d’une banque de mots

- Champ sémantique (sens) du mot : huis ;porte, maison, habitacle, cellule, chambre, pièce,

- Idem pour le mot : clos ;fermé, clôturé, abrité, exclu, bouclé, verrouillé,

- Idem pour le mot : malade ;

- Idem pour le mot : mort .

- Champ phonétique (son) du mot : huis ;

- Idem pour le mot : clos ;

- Idem pour le mot : malade ;

-Idem pour le mot : mort.

      1. En vue de la deuxième étape, voici quelques extraits de notre scène de Huis Clos , choisis, comme vous l’imaginez, pour leur résonance avec l’expérience du confinement.

Peut-être n ‘avons-nous jamais été si vivants. S’il faut absolument nommer cet … état de choses, je propose qu’on nous appelle des absents, ce sera plus correct…

Bonjour ! Bonjour ! Que de poignées de main ! Mon mari est malade…

Avec ses grands yeux de victime

Comme le temps passe vite, sur terre !

Si seulement chacun de nous avait le courage de dire …

Est-ce qu’il ne vaut pas mieux croire que nous sommes là par erreur ?

Nous avons eu notre heure de plaisir, n’est-ce pas ? Il y a des gens qui ont souffert pour nous jusqu’à la mort et cela nous amusait beaucoup. À présent, il faut payer.

Je crois que je pourrais rester dix mille ans sans parler.

si je fermais les yeux, si je refusais de te regarder, que ferais-tu de toute

cette beauté ? N’aie pas peur…

Vous m’avez volé jusqu’à mon visage !

- Je veux m’en aller!

(Elle se précipite vers la porte et la secoue.)

- Va-t’en. Moi, je ne demande pas mieux. Seulement

la porte est fermée de lextérieur.

Aucun de nous ne peut se sauver seul ;il faut que nous nous perdions ensemble ou que nous nous tirions d’affaire ensemble…

Je me sens vide. À présent, je suis tout à fait morte.

Tout entière ici…

Vous disiez ? Vous parliez de m’aider, je crois ?…

Un piège, ah, un piège ! Naturellement je suis prise au piège…

Ne la touchez pas de vos sales mains !

Ils ont fermé les fenêtres ; c’est donc l’hiver. Six mois. Il y a six mois qu’ils m’ont …

- Je … J ‘ai pris le train . Ils m’ont pincé à la frontière.

- Où voulais-tu aller?

Je marchais dans ma chambre, la nuit, le jour. De la fenêtre à la porte, de la porte à la

fenêtre. Je me suis épié. Je me suis suivi à la trace. Il me semble que j ‘ai passé une vie entière à m’interroger, et puis quoi… Je … J ‘ai pris le train, voilà ce qui est sûr. Mais

pourquoi ?

Autrefois, j ‘agissais … Ah ! revenir un seul jour au milieu d’eux … quel

démenti ! Mais je suis hors jeu.

- Qu’est-ce que tu fais ?

- Je m’en vais.

- Tu n’iras pas loin : la porte est fermée.

- Il faudra bien qu’ils l’ouvrent.

- Si cette porte s’ouvre, je m ‘enfuis.

- Où ?

- N’importe où. Le plus loin de toi possible.

- Je veux souffrir pour de bon . Plutôt cent morsures, plutôt le fouet, le vitriol, que cette souffrance de tête, ce fantôme de souffrance, qui frôle, qui caresse et qui ne fait jamais assez mal.

- Eh bien, Garcin ? Allez-vous en.

- Je me demande pourquoi cette porte s’est ouverte.

- Qu’est-ce que vous attendez ? Allez, allez vite !

- Je ne m’en irai pas.

- La voie est libre, qui nous retient ? Ha ! c’est à mourir de rire !

- Eh bien, continuons.

 

Lis tes ratures

ÉclosionÉvelyne Pélerin « Éclosion »

Vie en suspens

Suspense

Pense et danse en pinceaux

Danse en pots

Des fleurs des peurs des pleurs…

Adeline

*******************

Pendant ce temps, Josette ne peint pas mais se penche sur le Huis Clos qu’impose la situation :

Quoi de neuf dans mon huis clos ?

Rien dans mon bestiaire

Allons voir chez les épiaires

Tout le monde fait le gros dos.

Illuminons la journée

Dimanche c’est si particulier.

Levons ensemble un verre

A l’espérance espérée

Au bonheur retrouvé

À la joie d’aimer encore

À la nature qui fait éclore

À l’écriture qui me permet

D’exprimer tout ce que j’ai

Dans mon coeur, dans mon corps

La tristesse j’abhorre.

Éloignons vilaines pensées

Venant bêtement entacher

Une si belle volonté

De voir uniquement la beauté.

Éloignons tristes nouvelles

Malheureusement jusqu’ici,

Apportées, quant à elles,

Par le vent de la nuit.

Viens viens poésie

Déguiser notre vie

Égayer avec aplomb

Besoin de toi compagnon…

Josette Méhu

Ce à quoi je réponds que la poésie ne doit pas déguiser le réel, mais le déshabiller. Ce à quoi j’invite par un nouvel atelier inspiré par « Huis Clos », de Sartre, pièce sur laquelle je travaille depuis plusieurs mois avec mon groupe d’élèves adultes. Voir processus dans l’article suivant.

Lis tes ratures (11) : Trouver sa voix

Quand le confinement est l’occasion, les voies de communication habituelles étant interdites, de trouver sa voix pour communiquer, avec son propre rythme, ses propres mots, les émotions grandes et petites qui font la trame de la vie quotidienne, on peut se dire que l’immobilité du corps favorise l’agilité de l’esprit. Pensons à de grands écrivains voyageurs comme Jules Verne qui n’ont quasiment jamais quitté leur terre natale… De quoi calmer les frénésies touristiques et se consoler de ne pouvoir les partager !

À la Haye trop de poules,

Décidément trop de foule !

Mya en a décidé :

Trop de gallinacées!

Ménage aussitôt fut fait,

Sans autre forme de procès.

Décision hâtive non partagée

Par les habitants interrogés…

Dans poulailler confinement décidé
*****

Pauvres volailles ainsi exilées…

La justice étant injuste,

La décision fut fruste :

Après délibération,

Les poules furent en prison,

Le canidé gardé

En liberté surveillée.

Trouver à cette fable

Une chute honorable :

Manger ou être mangés

Procès de l’humanité.

Je vous laisse le soin

D’imaginer une fin…

*****************

Moteur dans le fond

Pas même à l’horizon

Un autre bruit solo

Craquement en écho

Pour venir déchirer

La douceur de satin

De ce petit matin.

Je cherche en vain

Après lavage de main

Un évènement marquant

Quelque chose troublant

Mon esprit embrumé

Peinant à se réveiller.

Des robots pourquoi pas

Est-ce la solution

Pour éviter la contamination?

Vous en conviendrez, nous sommes là

Dans la troisième dimension.

Décidément au Japon

On n’arrête pas l’imagination.

C’est bien  de voir au loin

Aux humains laisser un coin

Un tout petit créneau

Il n’y a pas que le cerveau

Le savoir faire des artisans

Conserver c’est important.

Ces Nippons vraiment à la pointe

On aimerait trouver jointes

Les valeurs perdues

À ce jour disparues.

Vaincre et avancer nécessaire

Ne pas perdre de pair

D’autrefois les acquits

Si chèrement conquis.

Josette Méhu

 

Lis tes ratures (10)

Pâques ou pas Pâques ?

À la faveur du confinement, certaines voix étouffées se font entendre : immobilité physique et agilité psychique peuvent faire très bon ménage. C’est l’expérience de l’une des contributrices les plus fécondes de ce blog interactif. La situation surréaliste dans laquelle nous nous trouvons, débloque chez elle un verrou qui retenait les mots, les rythmes, une musique intérieure ; tout cela la ramène à ses jeunes années pendant lesquelles les cours de français lui avaient fait aimer la lecture et l’écriture : ce qui aidait  la petite pensionnaire à surmonter l’éloignement de la famille vient au secours de la femme d’aujourd’hui, séparée de ses amis par un confinement vécu dans de bonnes conditions, certes, mais néanmoins anxiogène.

N’avons-nous pas là une image de l’éternité , cette boucle du Temps qui nous permet, dans le même moment, de retisser les liens qui forment l’unicité de la personne, à travers son langage propre, retrouvé sous les formatages et déformations imposées par le cours de l’existence en société ?

Pâques

Le jour de Pâques est arrivé !

Personne ici pour le fêter.

Nous devrions être rassemblés,

Prier Jésus ressuscité !

Les enfants tout excités

En quête des oeufs dissimulés…

Le temps s’est figé, arrêté.

Quel vilain tour nous a-t-on joué?

La famille autour de la table,

- Le bonheur est-il bien stable ? -

Réunie pour déguster

L’agneau pascal  sacrifié.

Sommes-nous tous des mécréants,

De notre bonheur ignorants ?

Cette époque nous malmène,

nous interroge et nous amène

À nous questionner sérieusement,

Sans tricher, sincèrement…

Jamais satisfaits de notre sort

Toujours plus et plus encore…

Ne saurons-nous jamais nous contenter

De ce que la vie nous a apporté?

Le moment est venu de s’interroger

Sur la suite à lui donner.

 Josette Méhu

Corona déclaré

Virus abhorré

Quand vas-tu te décider

De nos vies décamper ?

Le monde s’affole autour de nous.

Quand arriverons-nous au bout

De ce chemin semé d’embûches,

Tracé pour nous par quelques cruches ?

La nature reprend ses droits ;

Le coucou chante comme chaque fois ;

Les hirondelles ont investi ;

Comme chaque année leurs nids.

Il y a juste les humains

Pour rester sur leur faim.

Peu d’activité – pas de bénéfices ;

Mais comment gagner sans artifices ?

Reprend-on sa vie sans questions

Après une telle aberration ?

Notre intellect est touché.

Fallait-il être insensé

Pour réaliser que, devant ses yeux,

Le monde entier était en feu ?

Raison-raison-raison.

Est-ce donc l’Apocalypse

Proclamée avec aplomb

Par les prophètes apocryphes ?

Chronique d’une mort annoncée.

Page blanche rêvée.

Le monde court à sa perte :

Vite, vite, planète verte !

À notre secours, accourez !

Disparaissez, mauvais conseillers !

Marchands du Temple, balayez !

Désolée, je vais finir par vous lasser…

Josette Méhu

Du cran par écran (suite)

"Emmanuel

Aujourd’hui, je publie un texte déjà édité, écrit et envoyé par un ami poète, Emmanuel Dall’Aglio, auteur de plusieurs recueils dont celui d’où est extrait ce poème sur le courage :

Demeure d’étranger,  édité par Cheyne en 1994

 Que de paroles, que de pierres,

lentes à dévaler, lentes à éclater,

lentes à s’instruire, à s’aimer,

à s’éprendre

 comme les arbres balaient le ciel

et mon courage.

Autre démarche que celle de me confier un texte déjà lu et apprécié : je remercie Emmanuel de ce signe de confiance, qui honore mon blog. Nous avons en commun la conviction que la poésie n’a de sens qu’inspirée par un voyage en profondeur ; en ceci, sa parenté avec le courage est évidente : elle vient de loin et avec lenteur, pour nous ouvrir un coin de ciel. Paroles et pierres demandent à être extraites par un « balayage », qui éclaire notre regard, mais aussi par un éclatement qui brise les coquilles qui les enferment.

 

 

 

 

Du cran par écran (suite)

Il est des images qui surgissent soudain quand tout s’éteint : celle d’un piano muet m’est venue il y a quelques jours ; elle a appelé une réponse inattendue de l’une des contributrices dont cet atelier m’a permis de faire la connaissance : Catherine Duminil.

Catherine Duminil "En attendant de jouer"

« En attendant de jouer »  Les objets, comme les gens, ont besoin de vie : les pianos, qui ne vibrent pas, s’ennuient …. les livres attendent d’être feuilletés, caressés, savourés …… Catherine Duminil

À mon tour, je réponds à ce piano qui attend de jouer :

Piano muet

Tant de fois

Cordes accordées

Temps de foi

Coeurs accords

*

Tant de fois

Coffre ouvert

Temps de foi

Coeur ouvert

Doigts de toi

Foi de toi

*

Boîte noire

Coite

Plus de couacs

Autour

Ça vibre

Sa vie

Encore

*

Notes couleurs

Douleur bleue

Douce heure jaune

Coffrée

Se tait

Sais-tu ?

*

Ses notes

Offraient

- Doigts de toi -

Blanches noires

Un son frais

Un son vrai

 Foi de toi 

*

Sans regret

Adeline Gouarné

 

Les gens, de se rencontrer, d’échanger, de se voir et se sourire.

 

Lis tes ratures (9) À l’écoute des abeilles

Par ce temps estival qui fait de cette semaine pascale une merveille d’éclosion :

- la Nature serait-elle reconnaissante  du répit que lui procure le confinement ? -

j’ai eu l’occasion d’assister à l’inspection des ruchers de ma voisine, apicultrice…

RUCHERS

Pays sans nom

Soudain

Livré

Au soleil

Fondu

À chaud

*

Étonnement

Bourdonnement

Vie grouillante

Des confinées

Ailées

Zélées

*

La ruche a ses rues

- Propolis ? -

Certaines, surpeuplées,

Achalandées ;

D’autres, délaissées,

À restaurer ;

Casiers

Inspectés

Un à un.

*

Miel et pollen

Couvain beau couvain

Couvain de mâles

Où est la Reine ?

Petit couvain

Colonie faible

Couvain d’ouvrières

Cellule de Reine

Énorme couvain !

Colonie forte

*

Penchée sur ces paquets de vie,

Ces grappes animales,

- Zèle des ailes -

L’apicultrice

- Son zèle à elle -

S’exclame

Et s’émerveille !

- Zèle des ailes -

*

- Zèle des ailes -

C’est l’éveil

Des confinées

Prêtes à butiner

- Zèle des ailes -

La vie s’éveille

Miel et pollen

Et propolis

- Zèle des ailes -

La chaleur d’août

Chasse les doutes

 - Zèle des ailes -

Coulera le miel

De notre zèle

- Zèle des ailes -

Adeline Gouarné

Du cran par écran (suite)

Aujourd’hui, je reçois deux textes de contributrices qui filent leur toile, chacune à sa façon. L’une aujourd’hui déroule une pelote d’adverbes pour emmailloter de petit Corona qui met chacun dans son cocon :

Musique des Mots

Se pourrait-il, confinement,

Qu’en ces temps d’enfermement

 - Lecture principalement,

Écriture également -

Suffisent pleinement

A nous distraire entièrement ?

Sorties pour le moment

Proscrites évidemment.

D’office particulièrement

Entends-tu sincèrement

Nous priver radicalement

De rencontres manifestement

Organisées depuis longtemps ?

On nous fait savoir présentement

Que tout manquement

A cet ordonnancement

Mettrait en péril gravement

La santé d’autrui réellement.

Nous laisseras-tu sagement

Petit corona prudemment

Cours de notre vie reprendre modestement.

Après un tel bouleversement

Pourras-tu, latent,

Nous conserver Jugement ?

On pourrait continuer longtemps,

Tout a une fin logiquement,

Petit corona véritablement,

Nous l’espérons ardemment.

Josette Méhu

Le deuxième texte reçu ce matin, est de Marie-Claude : c’est un récit qui revient sur la notion de courage dans un contexte très précis. Précieuse anecdote dans laquelle chacun peut se retrouver:

Musique du silence

Il posa sa misère sur un bout de trottoir. Je m’arrêtai , sans pouvoir faire un geste, ne serait-ce qu’un simple bonjour de convenance. Fatalisme ou courage…qu’allions nous faire, l’un et l’autre, de ce moment d’humanité inattendu?
Je franchis l’obstacle de la timidité et fis un pas vers ce corps décharné , si fatigué par l’incessante lutte pour survivre dignement . Ce fol espoir d’un soleil assez généreux pour réchauffer son âme. Je le sentais si fragile et pourtant si fort pour résister aux portes de la nuit.
Son ami, le seul à qui il parle de courage, de jours meilleurs… »C’est sûr, crois moi le chien, on s’en sortira ensemble ! » Ce dernier, prêt à bondir pour défendre son maître au moindre danger. Brave, courageux, fidélité indéfectible.
Ni l’un ni l’autre ne voulaient de ma pitié. Oh! non.
Alors, toujours sans un mot sur mes lèvres, j’esquissai un sourire timide, comme un geste manqué, un peu idiot . Mais, instant calme, tranquille, sincère, petite seconde de bonheur dans le fatras de l’indifférence.
Puis je les ai laissés.
Sans un mot, il ramassa sa misère, un peu plus légère, j’ose l’espérer, et reprit son chemin, vers une autre halte, je ne sais…
Encore, à ce jour, cette rencontre silencieuse garde, bien au chaud dans mon cœur, une place à la fois douce et triste, tel un tableau inachevé.
Marie-Claude About

 

Du cran par écran (suite) À la recherche du courage…

Nouvelles contributions, très variées, de nouveaux contributeurs, d’âges et d’expériences très divers; de modes d’expression aussi ; ainsi, Ghislaine Fora fait-elle parler les plantes à travers la pratique de l’ikebana : subtilité de cette composition en délicate recherche d’équilibre, image du courage ?

L'harmonie est-elle courage ?

L’harmonie est-elle courage ?

Des correspondants inconnus m’envoient ces textes qui montrent une courageuse recherche de la définition du courage, en lien avec les animaux, et avec les mouvements de son son propre coeur :

– Le courage est donc un maillon essentiel à la survie et à la prospérité de l’être humain ou animal .
- Le courage est la mise en place, dans des circonstances particulières,( danger, surprise, douleur…), un mécanisme physique ou psychologique qui
 permet de réaliser une action à l’instant ou dans la durée, dont on aurait été incapable en temps normal.
Loïc et Laure Villermin

Lettre écrite, en instantané, le 29 mars de la fenêtre d’un appartement en région parisienne :

Le bleu du ciel a enfin réalisé une percée dans ce tapis épais et grisâtre,

m’offrant ainsi la couleur dont j’avais besoin
dans cette journée morne et déprimante.

Le vent, brutal depuis cette nuit, s’agitait encore en rafales agressives,

tordant de douleur ces pauvres arbres innocents.
L’échappée belle bleutée n’aura pas duré longtemps mais le soleil l’a relayée.
Sa lumière blanche tranche sur la noirceur du ciel, éclat perçant qui  fend l’iris et met les larmes aux yeux.
Mon ami le soleil est parti lui aussi.

Pas un oiseau dans le ciel.

La situation que nous vivons a-t-elle aussi atteint les animaux ,
les obligeant à nous imiter,  à rester à couvert ?

                                                                                                                         Laure Villermin

De ces textes, je retiens deux mots particulièrement intéressants : maillon et mécanisme, qui rappellent que le courage n’est pas forcément lié à la volonté consciente ; il peut se nicher dans les profondeurs de l’être, comme certaines maladies qui restent tapies dans l’organisme jusqu’au jour où un élément déclencheur vient les réveiller. On sait que les gens qui se révèlent les plus courageux en temps de crise ne sont pas forcément les braves des jours heureux.

Cela conduit à approfondir encore cette notion mystérieuse, et, justement, en cette riche journée,je reçois  un texte d’un correspondant qui cherche à faire le tour de la question du courage, en particulier dans sa localisation physiologique. Il faut dire que ce contributeur est un professeur de médecine passionné de philosophie et de sociologie. Son texte offre un prolongement passionnant aux questions soulevées par les textes précédents. Quelle étonnante rencontre à travers ce blog ! C’est l’un de ces beaux cadeaux qui m’arrivent depuis que j’ai ouvert cet atelier d’écriture interactif : un bien pour un mal.

Le Courage

Le mot « courage » a-t-il valeur symbolique ?

Est-ce un concept comportemental dont la compréhension dépend de la culture et de l’expérience propre à chacun ?

Est-ce une  « vertu « , dont la définition s’est transmise dans les traditions et écrits de notre culture perso-gréco-latine ?

Dans notre culture, le mot « courage » est associé étymologiquement, philosophiquement et au moins métaphoriquement, au Cœur.

( En latin, cor, cordis  ie : cœur et du cœur

Le parler populaire est riche d’ expressions comme : « Je n’ai pas le cœur à l’ouvrage » ou : « C’est le cœur du problème », ou encore : « À cœur vaillant rien d’impossible. » Autant d’émergences de l’esprit libre.

Dans la littérature on fait souvent appel au cœur en l’assimilant au courage :

« - Rodrigue, as-tu du cœur ? 

- Tout autre que mon père l’éprouverait sur l’heure », répond le Cid à son père dans la tragédie éponyme de Corneille.

Cœur, force et honneur ont partie liée.

Pourquoi ?

Depuis la plus haute Antiquité, notamment perso-grecque, on considère que le siège même de la vie est le cœur. Arrêt du cœur signifie fin de vie, instantanément, contrairement à celui de fonctions essentielles – cerveau, foie, reins, muscles -, qui n’entraînait pas la mort immédiate, du moins pas avant que le cœur ne défaille à son tour.

Le cœur était donc considéré comme le siège de la vie, de la vie manifestement vivante, c’est à dire du mouvement, et plus encore de l’action appropriée.

Siège de la vie, le cœur était considéré tout également comme le siège des possibilités de survie, c’est à dire de l’énergie vitale. Le cœur et son courage sont, face à la mort, la source des possibles conditions de survie.

Depuis le début de nos civilisations, la vie est comprise comme un phénomène énergétique, cosmique, dont la réserve opérationnelle est, chez l’Homme, située dans le cœur. La vie siège dans le cœur de l’Homme, par délégation cosmique, et par maintien de la connexion universelle, comme en témoignent philosophie et spiritualité humaines

Cette réserve énergétique, de type embarquée et mobilisable, nourrit le mouvement cognitif et corporel qui caractérise l’homme : « Une âme saine dans un corps sain », selon les sages de l’Antiquité. Mouvement de l’esprit ou mouvement du corps, les deux se soumettent aux lois universelles, celles qui régissent le Cosmos. La Loi universelle la mieux identifiée est celle de l’Amour. Amour, ou attraction universelle, telle est l’Énergie ondulatoire qui recherche la fusion des contraires, pour que la création surgisse.

Mouvement réflexe involontaire autant que mouvement volontaire du corps prennent source dans le domaine du virtuel, pour se manifester dans un Monde réel, tel que nous le percevons par le truchement des sens porteurs d’informations vers l’esprit.

L’un et l’autre de ces possibles mouvements, du corps et de l’esprit, sont susceptibles de protéger ou de prolonger l’existence. Au temple de Delphes, ne voyait on pas au fronton inscrit et maintes fois cité par Socrate : « Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’Univers et les dieux. »

Il faut connaître son cœur et ses ressources divines pour continuer à vivre et faire vivre ceux que l’on aime. Le cœur, et les vertus opérationnelles qui y sont encloses, sont disponibles pour qu’à l’exemple des dieux, l’Homme puisse exprimer la toute-puissance qui lui a été provisoirement confiée. (Mythe d’Ève et de la pomme de l’arbre de la Connaissance, c’est à dire de la conscience transférée miraculeusement à la future espèce humaine). Le Serpent missionnaire tentateur n’a-t-il pas dit :« Vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal » ?

Notre humanité post-moderne n’est-elle pas à l’écoute de ce même Serpent tentateur, avec ses risibles fantasmes d’homme augmenté, prolongé, trafiqué, échappant à la loi naturelle, – et soudain réduit à néant pas un virus invisible ? Voir sur ce blog  l’article d’Alain Tirot sur l’emploi du mot : « Bien », en date(NDLR)

Aujourd’hui encore, les érudits humanistes rappellent que, pour Spinoza, l’homme est un mode de la substance éternelle disposant de sa puissance.

Plus proche de nous, au 11 ème siècle, le philosophe soufiste afghan Al-Ghazali écrivait dans son ouvrage, aujourd’hui encore publié : « Les Merveilles du Cœur », que les facultés créatives humaines se trouvaient dans le cœur, après que l’âme l’ait créé, que l’esprit l’ait éclairé et que la Raison ait rendu possibles, le passage à l’acte intelligent et volontaire.

Trois pouvoirs divins, cœur, esprit, raison, ont été donnés à l’Homme par le messager créateur de l’individualité qu’est son âme. Âme, dont il peut se souvenir par la méditation et les exercices spirituels.

Alors peut-on penser que le courage est une manifestation du cœur ?

Oui, si l’on accepte l’idée que l’énergie vitale est tapie dans l’organe ordonnateur et pulsateur de la vie et de la survie.

Ainsi le courage serait la manifestation énergétique, consciente ou non, pour survivre. Le philosophe Spinoza ne nous encourage-t-il pas à « vivre et persévérer dans l’être. » ( Cf le concept du conatus de Spinoza)

L’instinct de conservation est chez l’Homme prioritaire. Que la survie lui soit propre, celle de ceux qu’il aime, ou encore celle de son idéal spirituel vis à vis de l’Éternité. Il s’agit là de la vie éternelle. Vie sans début ni fin, par opposition à la substanciation momentanée de l’Énergie créatrice, qui s’objective dans le corps et son autonomie provisoire.

Tous les jours la mort se manifeste devant nous, nous rappelant notre inévitable destin terrestre.

L’énergie vitale rappelle en nous, ses dépositaires, et à chaque moment, combien la vie est fragile et provisoire.

Cette vie fragile et provisoire est en permanence menacée par la dépendance et l’hostilité potentielle de l’environnement énergétique extérieur, physique et humain.

Privation d’énergie par la famine, le jeûne éducatif, l’accident, la maladie, la mort des siens, le vieillissement, ou encore la guerre témoignent et nous rappelle l’omniprésence du Mal, hostile et meurtrier. Une des figures modernes de l’effondrement d’énergie interne est le Burn out. Il résulte des excès de contraintes extérieures face aux énergies intérieures disponibles méconnues ou devenues insuffisantes face à l’adversité. Peut-être trouve-t-on là ce qu’on cite comme l’énergie du désespoir. Celle qui révèle l’héroïsme conscient ou inconscient.

Le courage ne peut même plus être mobilisé par la volonté puisqu’il n’y a plus de ressources énergétiques intérieures. Il faut mourir ou se suicider.

Ainsi, il apparaît à l’évidence que la vie face aux menaces multiples, prévues ou imprévues, est risquée. Pour la prolonger nous comptons sur l’aide des autres en commençant par celle de ses parents, sur la Nature nourricière et, plus récemment, sur la Science.

Force est de constater, de fait, que face à l’aléa destructeur, peu d’assurances extérieures nous protègent, ni nous, ni les nôtres.

En conséquence, il nous appartient d’être personnellement vigilant, de comprendre l’environnement en permanence, et de disposer d’une volonté de survie personnelle ou collective. C’est cette volonté de survie pour soi-même, pour ceux qu’on aime, pour son idéal, libère le courage. Le courage de ne pas être passif, de ne pas subir, d’être à ses yeux ,non un être indiffèrent, ni un lâche, mais un Homme de foi, libre d’action, préférant le risque de déception, de blessure ou de décès, à la mort certaine, de lui-même ou des siens. Le courage et la permission d’agir, voire de lutter, est le pari volontaire de briser l’adversité mentale ou physique qui menace notre existence. Cette permission d’agir relève-t-elle d’un libre arbitre personnel ou d’une manifestation culturelle de l’inconscient ? Inconscient structuré par l’expérience personnelle cumulée et par la culture, voire la civilisation, qui l’a instruit et établi comme logiciel comportemental.

Qu’en est-il du courage que l’on considère comme une vertu humaine majeure ? Ne fait-on pas honneur et allégeance à celui qui fait preuve de courage. Pourquoi ? Et pourquoi spécialement en période de crise ou de menaces immédiates? N’est-il pas celui qui, aux yeux de tous, décide d’affronter consciemment le danger. Celui qui accepte le combat, même si l’issu en est incertaine. Face à l’adversité destructrice, qui va très certainement nous blesser ou nous tuer, l’Homme conscient et expérimenté s’engage dans la lutte, quel qu’en soit le prix et le risque personnel, avec le seul espoir de la survie. Survivre, par lui, le héros, capable de dialogue avec les lois du Cosmos, au service sacré de l’idéal de la Vie.

Vie, don inouï, prêté et incorporé en nous par les lois du Cosmos et auquel nous devons gratitude éternelle et devoir premier.

L’homme contemporain, agissant en enfant ingrat et en adulescent cédant à l’injonction permanente du : « Faites-vous plaisir ! », n’a-t-il pas totalement abdiqué cette responsabilité incombant à son statut de dépositaire d’une part de divin ? À ce que la Bible nomme L’Alliance ? (N.D.L.R.)

Le devoir premier, celui généré par la plus haute gratitude, ne porte-t-il pas le nom d’enthousiasme ?

(« En Theos », du grec ancien : se laisser habiter par Dieu )                                                                                                                                        François Lhoste

Du cran par écran (suite)

Une nouvelle contribution de Josette, auteur de plusieurs vaccins anti-virus. Dans son laboratoire forestier, l’imagination travaille, le langage s’affirme,la mémoire est à l’oeuvre, pour concocter le plus puissant remède contre les terreurs qui étouffent.

Garder les yeux ouverts, l’esprit ouvert, voilà ce qui ressort de ce texte ; cela me frappe d’autant plus que, ce matin, en faisant mes courses à Gournay, j’ai croisé des morts-vivants, regard rivé au sol, comme si le virus passait par les yeux ! Peuple pétri d’angoisse qui n’a même plus besoin d’avoir la Gestapo à sa porte pour courber le front… Quel soulagement lorsque l’on croise un être humain qui sourit, comme un compagnon de cordée ou d’équipage : oui, ça existe encore, et on sent là tout le prix du sentiment de solidarité !     A.G.

INTERDITS

Dépôt de nourriture

Déplacement en voiture

Il devient difficile

De se montrer docile.

Ce mot confinement

Finit par sonner:

Enfermement.

Et la population

Se prend à rêver :

Évasion.

Chaque jour plus de morts

Chaque jour mauvais sort;

On finit par s’habituer,

À banaliser le danger.

Respecter les consignes,

Toujours se montrer dignes,

Pas de révolte

Pas de fausse note,

Accepter sans remords

Ce terrible coup du sort.

Que sera l’avenir :

Ne sera-ce pas pire?

Sur quel pied danser?

On se prend à imaginer,

On aimerait de la douceur

Conjurer cette noirceur,

On cherche dans le passé

Ce qu’ont vécu nos aînés.

Anne Franck, emmurée.

Pauvres gens derrière les barbelés,

Et cette horreur a duré

Pendant bien des années.

Rêve ou Réalité ?

Mais où est la Vérité ?

Il nous faut, sans coup férir,

Ne pas penser au pire

Et garder le sourire.

Josette Méhu