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Lis tes ratures (7) Vis ces râles

Pensées pour Denis      

Plus de deux semaines de Covid comateux pour mon petit cousin, un petit frère, de trois ans plus jeune que moi… Transporté de Paris à Tours, il y a quelques jours, pour faire place à de nouveaux malades, comme des centaines d’autres, il n’est sorti du coma que quelques minutes ; trop agité, trop vivant, puisque arrachant ses appareils  respiratoires il navigue quelque part entre la vie et la mort, loin des siens, abandonné aux soins des professionnels qui se démènent et se dévouent pour soigner le corps, l’existence. Mais l’âme, l’esprit, l’essence,les moteurs de la vie,  qui s’en occupe, qui s’en préoccupe ?

VIS SES RÂLES

On l’a transporté

Son corps fort

Devenu sac sec

Hérissé de tuyaux.

On a trimballé

Tous ces kilos d’os

Et de muscles

Branchés à des machines.

Machination de vie

Trituration

Actions

Visages masqués penchés

Sur lui

Pour le tirer de là

Du coma

Du là-bas.

Et lui,

Esprit, rire, appétit,

Lui

Ce qui le faisait Lui

Voix, démarche, énergie ?

Tout cela est enfoui

En soute, en doute, en déroute

L’air lui manque,

L’air, le grand air,

L’air d’hier.

Que sont ses poumons

Nourris d’air en bouteilles ?

Sa trachée traversée

Par un respirateur artificiel ?

L’air lui manque

Il étouffe

- Étoffe déchirée -

Et pas un être aimé

À son côté

Pour lui dire :

« Respire ! « 

Pas un être aimé

De son côté

Pour lui souffler

Un air aimé

Du passé

Une haleine chargée de souvenirs.

Il vit ses râles

Seul

Seul sur le seuil.

- L’âme hors jeu -

La vie serre les boulons

Longue et latente

Hors d’atteinte

Hors d’haleine.

L’air de rien.

                                                       Adeline Gouarné