Archives quotidiennes :

Du cran par écran (suite)

Aujourd’hui, je reçois deux textes de contributrices qui filent leur toile, chacune à sa façon. L’une aujourd’hui déroule une pelote d’adverbes pour emmailloter de petit Corona qui met chacun dans son cocon :

Musique des Mots

Se pourrait-il, confinement,

Qu’en ces temps d’enfermement

 - Lecture principalement,

Écriture également -

Suffisent pleinement

A nous distraire entièrement ?

Sorties pour le moment

Proscrites évidemment.

D’office particulièrement

Entends-tu sincèrement

Nous priver radicalement

De rencontres manifestement

Organisées depuis longtemps ?

On nous fait savoir présentement

Que tout manquement

A cet ordonnancement

Mettrait en péril gravement

La santé d’autrui réellement.

Nous laisseras-tu sagement

Petit corona prudemment

Cours de notre vie reprendre modestement.

Après un tel bouleversement

Pourras-tu, latent,

Nous conserver Jugement ?

On pourrait continuer longtemps,

Tout a une fin logiquement,

Petit corona véritablement,

Nous l’espérons ardemment.

Josette Méhu

Le deuxième texte reçu ce matin, est de Marie-Claude : c’est un récit qui revient sur la notion de courage dans un contexte très précis. Précieuse anecdote dans laquelle chacun peut se retrouver:

Musique du silence

Il posa sa misère sur un bout de trottoir. Je m’arrêtai , sans pouvoir faire un geste, ne serait-ce qu’un simple bonjour de convenance. Fatalisme ou courage…qu’allions nous faire, l’un et l’autre, de ce moment d’humanité inattendu?
Je franchis l’obstacle de la timidité et fis un pas vers ce corps décharné , si fatigué par l’incessante lutte pour survivre dignement . Ce fol espoir d’un soleil assez généreux pour réchauffer son âme. Je le sentais si fragile et pourtant si fort pour résister aux portes de la nuit.
Son ami, le seul à qui il parle de courage, de jours meilleurs… »C’est sûr, crois moi le chien, on s’en sortira ensemble ! » Ce dernier, prêt à bondir pour défendre son maître au moindre danger. Brave, courageux, fidélité indéfectible.
Ni l’un ni l’autre ne voulaient de ma pitié. Oh! non.
Alors, toujours sans un mot sur mes lèvres, j’esquissai un sourire timide, comme un geste manqué, un peu idiot . Mais, instant calme, tranquille, sincère, petite seconde de bonheur dans le fatras de l’indifférence.
Puis je les ai laissés.
Sans un mot, il ramassa sa misère, un peu plus légère, j’ose l’espérer, et reprit son chemin, vers une autre halte, je ne sais…
Encore, à ce jour, cette rencontre silencieuse garde, bien au chaud dans mon cœur, une place à la fois douce et triste, tel un tableau inachevé.
Marie-Claude About