Archives quotidiennes :

Lis tes ratures (10)

Pâques ou pas Pâques ?

À la faveur du confinement, certaines voix étouffées se font entendre : immobilité physique et agilité psychique peuvent faire très bon ménage. C’est l’expérience de l’une des contributrices les plus fécondes de ce blog interactif. La situation surréaliste dans laquelle nous nous trouvons, débloque chez elle un verrou qui retenait les mots, les rythmes, une musique intérieure ; tout cela la ramène à ses jeunes années pendant lesquelles les cours de français lui avaient fait aimer la lecture et l’écriture : ce qui aidait  la petite pensionnaire à surmonter l’éloignement de la famille vient au secours de la femme d’aujourd’hui, séparée de ses amis par un confinement vécu dans de bonnes conditions, certes, mais néanmoins anxiogène.

N’avons-nous pas là une image de l’éternité , cette boucle du Temps qui nous permet, dans le même moment, de retisser les liens qui forment l’unicité de la personne, à travers son langage propre, retrouvé sous les formatages et déformations imposées par le cours de l’existence en société ?

Pâques

Le jour de Pâques est arrivé !

Personne ici pour le fêter.

Nous devrions être rassemblés,

Prier Jésus ressuscité !

Les enfants tout excités

En quête des oeufs dissimulés…

Le temps s’est figé, arrêté.

Quel vilain tour nous a-t-on joué?

La famille autour de la table,

- Le bonheur est-il bien stable ? -

Réunie pour déguster

L’agneau pascal  sacrifié.

Sommes-nous tous des mécréants,

De notre bonheur ignorants ?

Cette époque nous malmène,

nous interroge et nous amène

À nous questionner sérieusement,

Sans tricher, sincèrement…

Jamais satisfaits de notre sort

Toujours plus et plus encore…

Ne saurons-nous jamais nous contenter

De ce que la vie nous a apporté?

Le moment est venu de s’interroger

Sur la suite à lui donner.

 Josette Méhu

Corona déclaré

Virus abhorré

Quand vas-tu te décider

De nos vies décamper ?

Le monde s’affole autour de nous.

Quand arriverons-nous au bout

De ce chemin semé d’embûches,

Tracé pour nous par quelques cruches ?

La nature reprend ses droits ;

Le coucou chante comme chaque fois ;

Les hirondelles ont investi ;

Comme chaque année leurs nids.

Il y a juste les humains

Pour rester sur leur faim.

Peu d’activité – pas de bénéfices ;

Mais comment gagner sans artifices ?

Reprend-on sa vie sans questions

Après une telle aberration ?

Notre intellect est touché.

Fallait-il être insensé

Pour réaliser que, devant ses yeux,

Le monde entier était en feu ?

Raison-raison-raison.

Est-ce donc l’Apocalypse

Proclamée avec aplomb

Par les prophètes apocryphes ?

Chronique d’une mort annoncée.

Page blanche rêvée.

Le monde court à sa perte :

Vite, vite, planète verte !

À notre secours, accourez !

Disparaissez, mauvais conseillers !

Marchands du Temple, balayez !

Désolée, je vais finir par vous lasser…

Josette Méhu

Du cran par écran (suite)

"Emmanuel

Aujourd’hui, je publie un texte déjà édité, écrit et envoyé par un ami poète, Emmanuel Dall’Aglio, auteur de plusieurs recueils dont celui d’où est extrait ce poème sur le courage :

Demeure d’étranger,  édité par Cheyne en 1994

 Que de paroles, que de pierres,

lentes à dévaler, lentes à éclater,

lentes à s’instruire, à s’aimer,

à s’éprendre

 comme les arbres balaient le ciel

et mon courage.

Autre démarche que celle de me confier un texte déjà lu et apprécié : je remercie Emmanuel de ce signe de confiance, qui honore mon blog. Nous avons en commun la conviction que la poésie n’a de sens qu’inspirée par un voyage en profondeur ; en ceci, sa parenté avec le courage est évidente : elle vient de loin et avec lenteur, pour nous ouvrir un coin de ciel. Paroles et pierres demandent à être extraites par un « balayage », qui éclaire notre regard, mais aussi par un éclatement qui brise les coquilles qui les enferment.