Atelier Huis Confiné, inspiré par « Huis Clos »

  1. Atelier d’écriture « Huis Clos »

Nous avions commencé un travail très approfondi et intéressant sur Huis Clos . Pourquoi avais-je choisi ce texte ?

Je me souviens que cette idée m’a été dictée par la relation que j’ai établie entre la peur des abeilles évoquée par la « nouvelle » Émilie, et Les Mouches, de Sartre. C’était au début de l’année scolaire, en prévision de La Nuit du Conte, dédiée cette année au thème de la peur.

Remettant le nez dans l’oeuvre de cet auteur qui est actuellement au purgatoire des écrivains, après avoir été le maître à penser de plusieurs générations d’après-guerre, j’ai relu ses pièces.

Huis Closm’a semblé très adaptée à la thématique prévue pour l’année 2020 :Peur- Courage (!) – et à la configuration de notre groupe, avec de beaux rôles féminins et la possibilité, dans cette cellule mystérieuse, d’insérer des extraits d’autre textes.

Peur et Courage, Huis Clos,promiscuité obligatoire à l’intérieur, éloignement forcé à l’extérieur, lucarne sur le monde d’avant mystérieusement accessible individuellement, comme sur un écran … Toute ressemblance avec des situations vécues ces temps-ci serait-elle fortuite ?

Qui aurait pu penser que ce programme et cette pièce seraient à ce point performatifs ? Qui aurait imaginé ce scénario de la pandémie, du confinement, de la pause imposée à tant de nos habitudes, au regard fixé sur les chiffres de la mortalité ? Tout cela aurait paru être une plaisanterie, un gros poisson d’avril, il y a seulement deux mois !

Et pourtant…

J’aimerais que nous puissions poursuivre notre travail sur cette pièce autrement, en le nourrissant de ce que chacun(e) ressent de ce contexte étrangement ressemblant à celui que propose Sartre.

C’est pourquoi je vous propose un atelier d’écriture inspiré par ce rapprochement, dans l’idée de faire vivre les textes qui en sortiront, peut-être par le biais d’une simple lecture, si nous n’avons pas la possibilité de nous retrouver suffisamment longtemps pour envisager une mise en scène. L’important est de rester en lien et de voir comment notre base de travail, si riche, si bien commencée, peut évoluer à la faveur de l’expérience des unes et des autres.

J’espère que vous serez partantes pour cette aventure, dont les résultats seront certainement passionnants.

Nous procéderons en trois étapes.

Commencez, si vous le voulez bien,

- par m’envoyer vos mots (première étape), pour que nous puissions faire une mise en commun, selon la méthode habituelle ;

- par choisir, parmi les extraits de Huis Clos, une à trois répliques qui vous « parlent » particulièrement.

C’est sur ces bases que je vous ferai les propositions pour les étapes suivantes.

      1. Première étape : constitution d’une banque de mots

- Champ sémantique (sens) du mot : huis ;porte, maison, habitacle, cellule, chambre, pièce,

- Idem pour le mot : clos ;fermé, clôturé, abrité, exclu, bouclé, verrouillé,

- Idem pour le mot : malade ;

- Idem pour le mot : mort .

- Champ phonétique (son) du mot : huis ;

- Idem pour le mot : clos ;

- Idem pour le mot : malade ;

-Idem pour le mot : mort.

      1. En vue de la deuxième étape, voici quelques extraits de notre scène de Huis Clos , choisis, comme vous l’imaginez, pour leur résonance avec l’expérience du confinement.

Peut-être n ‘avons-nous jamais été si vivants. S’il faut absolument nommer cet … état de choses, je propose qu’on nous appelle des absents, ce sera plus correct…

Bonjour ! Bonjour ! Que de poignées de main ! Mon mari est malade…

Avec ses grands yeux de victime

Comme le temps passe vite, sur terre !

Si seulement chacun de nous avait le courage de dire …

Est-ce qu’il ne vaut pas mieux croire que nous sommes là par erreur ?

Nous avons eu notre heure de plaisir, n’est-ce pas ? Il y a des gens qui ont souffert pour nous jusqu’à la mort et cela nous amusait beaucoup. À présent, il faut payer.

Je crois que je pourrais rester dix mille ans sans parler.

si je fermais les yeux, si je refusais de te regarder, que ferais-tu de toute

cette beauté ? N’aie pas peur…

Vous m’avez volé jusqu’à mon visage !

- Je veux m’en aller!

(Elle se précipite vers la porte et la secoue.)

- Va-t’en. Moi, je ne demande pas mieux. Seulement

la porte est fermée de lextérieur.

Aucun de nous ne peut se sauver seul ;il faut que nous nous perdions ensemble ou que nous nous tirions d’affaire ensemble…

Je me sens vide. À présent, je suis tout à fait morte.

Tout entière ici…

Vous disiez ? Vous parliez de m’aider, je crois ?…

Un piège, ah, un piège ! Naturellement je suis prise au piège…

Ne la touchez pas de vos sales mains !

Ils ont fermé les fenêtres ; c’est donc l’hiver. Six mois. Il y a six mois qu’ils m’ont …

- Je … J ‘ai pris le train . Ils m’ont pincé à la frontière.

- Où voulais-tu aller?

Je marchais dans ma chambre, la nuit, le jour. De la fenêtre à la porte, de la porte à la

fenêtre. Je me suis épié. Je me suis suivi à la trace. Il me semble que j ‘ai passé une vie entière à m’interroger, et puis quoi… Je … J ‘ai pris le train, voilà ce qui est sûr. Mais

pourquoi ?

Autrefois, j ‘agissais … Ah ! revenir un seul jour au milieu d’eux … quel

démenti ! Mais je suis hors jeu.

- Qu’est-ce que tu fais ?

- Je m’en vais.

- Tu n’iras pas loin : la porte est fermée.

- Il faudra bien qu’ils l’ouvrent.

- Si cette porte s’ouvre, je m ‘enfuis.

- Où ?

- N’importe où. Le plus loin de toi possible.

- Je veux souffrir pour de bon . Plutôt cent morsures, plutôt le fouet, le vitriol, que cette souffrance de tête, ce fantôme de souffrance, qui frôle, qui caresse et qui ne fait jamais assez mal.

- Eh bien, Garcin ? Allez-vous en.

- Je me demande pourquoi cette porte s’est ouverte.

- Qu’est-ce que vous attendez ? Allez, allez vite !

- Je ne m’en irai pas.

- La voie est libre, qui nous retient ? Ha ! c’est à mourir de rire !

- Eh bien, continuons.