Du Cran par écran (suite) : nouvelle recette de confiture anti-virus

Lorsque le temps tourne au cauchemar, notre esprit veille et nous insuffle des bulles de liberté.

Ainsi, je reçois aujourd’hui, d’une amie psychologue, cette recette anti-virus.

Quand le confinement nous entraîne aux confins de notre imaginaire,

avec l’aide de la banque de mots de l’atelier : « Du cran par écrans »,

voilà de quoi se délecter :

La confiture de rêve

    Une improbable confiture de rêve :

éplucher soigneusement un zeste de soleil,

ajouter le sel de la terre,

prendre à pleine mains les fruits de la passion,

coup de fouet avec les ferments du ciel,

développer les trésors d’imagination,

jeter la peur de vivre,

faire des pirouettes,

se raccrocher aux branches,

et surtout faire le BIEN ?

C.N.

Cette notion du Bien est également l’objet d’un autre message, reçu ce matin-même :

Bon et Bien

Le courage des mots

Il n’y a pas que l’adjectif « bon » qui obère la force du courage, l’adverbe « bien » aboutit au même résultat.

J’ai lu hier  un article  des « Études », intitulé :

« La foi est-t-elle encore possible ? » ,   de Dominique Colin.

On y lit  : « C’est la fonction ambiguë de l’adverbe « bien » que de déminer ce qu’il prétend renforcer. Tout le monde sait qu’un : « Je t’aime bien », ne signifie pas tout à fait la même chose qu’un « Je t’aime ».  On le constate aussi dans l’expression : »Je veux bien », qui peut traduire aussi bien un choix convaincu qu’une indécision.

L’ adverbe « bien » accolé à un verbe actif a le plus souvent pour effet de traduire un désengagement. « J’entends bien » signifie le plus souvent : « Je suis OK avec ce que vous dites », mais ne précise pas l’objet de cet accord. On pourrait continuer.

Dominique Colin, dominicain belge, disciple de Kierkegaard,  a écrit un livre superbe, mais difficile, intitulé : « Le christianisme n’existe pas encore », dont je n’ai pas tout compris, mais ce que j’en ai perçu rend radicale la question du Jésus :

« Le Fils de l’homme quand il reviendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » :

Question qui traverse celle que nous pose la situation actuelle dans son expectative : que voulons faire de cette vie ?

                                                                                     Alain Tirot

La question de l’emploi du mot : « Bien », ainsi posée, renvoie à la cerise sur le pot de confiture de la Recette qui le précède, et qui se termine, elle aussi, sur un point d’interrogation. Qui détient la définition du Bien commun à tous ? Qui est sûr de faire le Bien lorsqu’on sait que l’Enfer est pavé de bonnes intentions ?

La question de l’emploi du mot : « Bien » dans les milieux de l’art contemporain, m’a souvent titillée : cette notion morale a en effet chassé du champ de la critique celle, esthétique, du Beau. Pour qualifier une oeuvre, l’emploi du mot Beau est symptôme de ringardise aggravée. La notion de Beau chassée des « Beaux Arts », voilà un paradoxe révélateur de la confusion ambiante !

Née de la confusion entre le « Beau » et le « Joli », qui flatte l’oeil, sans déranger personne. Le « Beau » peut relever du tragique, du bouleversant, du vrai : il n’est pas là pour conforter et rassurer ; cela, on l’a oublié. D’où le glissement  sémantique, de l’esthétique vers la morale.

Ce dérapage est lié aussi au vide religieux : l’Art, qui était au service du Sacré, s’est vu lui-même consacré. Les grandes manifestations artistiques ont remplacé les cérémonies religieuses.

C’est le cas aussi des compétitions sportives dans lesquelles le mot : « Bien » est à l’honneur : « Bien joué ! » revient sans cesse dans les commentaires sportifs. Le ballon qui captive l’oeil et passionne les foules, n’est-il pas une métaphore du Mal que l’on fait circuler, dont on veut se débarrasser : la balle emballe le mal ! D’où l’emballement des foules qui se défoulent de leur soif de Bien ! D’où les fortunes prêtes à s’investir et à s’arrondir au gré du ballon rond…

J’aime beaucoup cette parole de sagesse : « Quand tu as du bien, tu as du mal », qui se retourne de façon réconfortante en : « Quand tu as du mal, tu as du bien ».

La période actuelle me le confirme : combien d’échanges plus profonds que les agréables conversations habituelles, anodines, sont-ils en train d’émerger avec mes interlocuteurs et contributeurs, connus ou inconnus ?

« Les mots sont des clés », comme l’a bien écrit l’une d’entre elles, la mosaïste et poète Catherine Weber. En ce moment, les mots et les images que l’on m’envoie pour que je les publie sur ce blog ouvrent des portes  ; les mots retrouvent leur sens, la parole, son pouvoir. Le Verbe n’est pas loin.

« Premier de tout fut le Chaos, puis vint la Terre à la vaste poitrine, siège inébranlable des dieux », dit Hésiode.

Faire taire le bavardage, se faire terre, pour que renaisse une langue qui ne soit ni de bois ni de plastique, ni en kit, ni en toc.

                                                                                    Adeline Gouarné

 

Lis tes ratures (6) Crachat

Souviens-toi

De ta plainte

Lancinante

Aux  jours

Où tu vaquais

*

Souviens-toi

Des vacances

Et des sacs

Mis à quai

Des paquets

*

Souviens-toi

De ce diable 

Insatiable

Qui distillait

Insatisfait

Sa voix

La voix

Du choix

De l’achat

*

Vois

Tu déchois

Vois

Tu es crachat

A.G.

Lis tes ratures (6) En corps

Pour Denis, aujourd’hui transporté,

emballé,

de Paris à Tours

en TGV (Tours gare de vie ?)

Le corps

En coma

Comment

L’âme

Voyage-t-elle ?

*

Le bon vivant

A-t-il un bon de vie ?

*

La vie quitte

L’inquiet

*

Qui est

Celui qui la quitte

?

*

L’âme hors

Corps

Se crée

Encore

En

Secret

Sacré

*

A.G.

Lis tes ratures (5) La vie ruse

La vie ruse

La vie c’est ce

Virus

Au nom de code

Sans mot de passe

HTTPS ?

Covid

Covid fait le vide

Dans nos vies

Covid nettoie

Les scories

De nos vies qui virent à blanc

Qui virent au vide

*

L’âme hors s’use

La vie rompt son cours

La mort sort au jour

Elle était tapie

Cachée sous le tapis joli

Masquée par

La logorrhée dorée

Des mots rassurants

Des mots dorés

Codés en langue de bois

Cathodés sur écrans peu cathos

L’homme en promo

L’Ego légal égal s’étala

*

Sans éthique

Sourire obligé

Rides effacées

Pleurs avalés

La vie

Lavée

Standardisée

Pliée carrée

L’imaginaire

Mis au vestiaire

D’hier

Avec les oripeaux

Les déchets

Le laid

Le lait même

Rangé au rayon des poisons

*

Le disque rayé

Du Risque

Relayé

De la Menace Omniprésente

Déverse jour et nuit

Son Ombre

Sur la Planète

Qu’on aplanit

On fait place nette

Pour les angoisses

Qui suintent qui poissent

Et qu’on enfouit

Sous un vernis

Sous un verrou

On va vers où ?

*

Les agendas bouclés

Pour des années

Contrôle

On s’est voulu

Maîtres du Temps

Contrôle

On perd

L’instant présent

On perd

Le Père

Le repère

L’inspiration

Se perd

*

Précaution

Contrôle C

Caution

Contrôle A

Inaction

Contrôle V

Décrassage

Contrôle Z

Ménage

Contrôle H

Arrachage

Contrôle T

*

Perte de rôle

Et de

Contrôle

La Vie usée

Aseptisée

La Mère Amère

Ruse

Couve

Un virus

Invisible

Covid

À faire

Le vide

*

Virus

De l’Invisible

Surpuissant

Hors agendas

Hors Big Data

Virus

  À virer

Des milliards,

Milliards d’hommes,

Milliards de dollars

Et d’euros

Milliards de bobards

De bobos,

Milliards

De faux art

Infusé

Diffusé

De Barbares

Illettrés

*

Vidange

?

Vie d’ange

?

Changer

?

Retour du

?

Fin du faux

?

Faim de faim

?

Faim de fin

?

A.G.

Lis tes ratures (4)

Ce soir, écho et résonance en termes d’amitié

À mon : « Lis tes ratures »,

Annette répond sans mots :

« Répare les brisures,

Recolle les couvertures

Des vieux livres émus

D’avoir été peu lus … »

Aux confins du langage,

Un acte rédempteur

Se transforme en un gage

D’un avenir meilleur…

                                                 A.G.

Courage hors d’âges

Aujourd’hui, je reçois des textes émanant de contributeurs d’âges très contrastés, de 8 à 75 ans, en passant par la force l’âge…

Intéressant de comparer ce que l’on a à dire du courage quand on démarre dans la vie, quand on est à mi-parcours, quand on approche du moment prévisible de sa fin, et que l’on prend le temps de se retourner pour jeter un coup d’oeil sur ce qu’elle nous apprend.

Merci donc à tous ceux qui vont nous permettre de nourrir notre réflexion sur le grand Emballe-Âge qui fait, pour moi, partie des grands maux de notre époque, conséquence de l’oubli de notre condition mortelle.

 

Commençons par des enfants de moins de 10 ans :

  • courage physique,
  • courage de sentir le courage tapi au fond de soi,
  • courage d’aller vers les autres.

LE COURAGE

(petit dialogue, par Chloé)

  • Tom !! Tom !!

  • Quoi ?

  • Le courage, qu’est-ce que c’est pour toi, Tom ?

  • Bah, le courage, pour moi, ce sont des personnes qui font des choses braves sans être forcément courageuses.

  • Oh ! ça, c’est une explication !

  • Bah !…

  • Et bien moi, tu sais, j’ai fait une chose courageuse dans ma vie !

  • Eh bien, vas-y raconte !

  • Non, mais je te donne un indice.

  • Vas-y donne  moi cet indice ?

  • …. J’avais le vertige….

  • Ah ! je sais, tu as sauté en parachute !

  • Non, ce n’est pas ça, mais tu n’es pas loin !

  • Tu as pris l’avion ?

  • Là, tu te refroidis encore plus.

  • Tu as grimpé sur une montagne ?

  • Tu y es presque, mais ce n’est pas le verbe approprié.

  • Hum ! Tu as escaladé une montagne !

  • Oui, ça y est, tu as trouvé !

  • ===============================================================================================
  • LE COURAGE

    ( par Emma)

    Sois fort dans l’épreuve,

    Sois fort dans le malheur,

    Il entend tes pleurs,

    Bas-toi !

    Pour le meilleur,

    Pour le pire,

    Mais surtout

    Crois en toi.

  • Car au fond de toi,

    Ton courage est là, bien là !

    =================================================================================================

LE COURAGE

(écrit par Noah)

 

 Courage veut dire : ne pas avoir peur.

Courage : vertu d’entreprendre des choses difficiles,

en surmontant sa peur.

Moi, j’ai peur des clowns.

 

Joseph est timide, il a du mal à se faire des amis. 

Avec Manon, nouvelle élève de la classe, débute une belle histoire d’amitié.

 Manon ne lui rend pas la vie facile.

Alors, pendant la récréation, Joseph va vers Manon:

 il lui demande de bien vouloir l’aider à faire son exercice de maths.

Pour  Joseph, quel effort d’aller demander un tel service !

Manon le sait, le sent : elle ne peut qu’accepter.

====================================================================================================

 Ces trois petits textes nous font  toucher du doigt trois aspects importants du courage, déjà sensibles dans l’enfance, et toujours présents lorsque l’expérience vient confirmer cette intuition.

 

Voilà le texte d’une adulte dans la force de l’âge, confiant ce qu’un drame intime révèle du courage :

 

  • À ceux et celles qui pensaient

  • que je ne pourrais jamais me relever,

    que j’étais anéantie

  • par la mort subite de mon père,

    par la tragédie qui venait de me toucher

  • en plein cœur.

    Rien, ni personne n’avait envisagé ce drame.

    Accident, crime ou autre cause ?

  • Personne n’a jamais su.

    Force, envie, détermination,

    COURAGE

  • au coeur,

  • j’ai vaincu

  • l’atroce douleur.

  •                                                                                                          Gysèle Zebut
  • =====================================================================

    Nous avançons en âge, avec cette contribution de Marie-Claude About, qui se sent au bout d’une vie tourmentée, le courage de se retourner. Elle nous fait signe :

  • Les écrits sont reflets de la sémiologie,  signes pour sauver son âme, pour assurer un pouvoir, se donner bonne conscience.


  • Mais, briser le silence par les larmes du désespoir,

  • et continuer à vivre ,

  • se fracasse à la notion métaphysique.
  • Alors, le mot courage prend tout son sens.
  • La solitude engendre l’isolement.
  • Le roseau se plie et se rompt. 

  • Où trouver, envers et contre tout, ce courage?

  • En soi?
  • Alosr, vaincre une colère mue par l’injustice. 

  • Dans sa famille de sang?
  • Mais si les rêves de la mère sont balayés
  • par la lame de fond de la réalité.Aujourd’hui, je reçois des textes émanant de contributeurs d’âges très contrastés, de 8 à 75 ans, en passant par la force l’âge…

     

    Intéressant de comparer ce que l’on a à dire du courage quand on démarre dans la vie, quand on est à mi-parcours, quand on approche du moment prévisible de sa fin, et que l’on prend le temps de se retourner pour jeter un coup d’oeil sur ce qu’elle nous apprend.

     

    Merci donc à tous ceux qui vont nous permettre de nourrir notre réflexion sur le grand Emballe-Âge qui fait, pour moi, partie des grands maux de notre époque, conséquence de l’oubli de notre condition mortelle.

     

     

     

    Commençons par des enfants de moins de 10 ans :

     

    • courage physique,
    • courage de sentir le courage tapi au fond de soi,
    • courage d’aller vers les autres.

     

    LE COURAGE

     

    (petit dialogue, par Chloé)

     

    • Tom !! Tom !!

    • Quoi ?

    • Le courage, qu’est-ce que c’est pour toi, Tom ?

    • Bah, le courage, pour moi, ce sont des personnes qui font des choses braves sans être forcément courageuses.

    • Oh ! ça, c’est une explication !

    • Bah !…

    • Et bien moi, tu sais, j’ai fait une chose courageuse dans ma vie !

    • Eh bien, vas-y raconte !

    • Non, mais je te donne un indice.

    • Vas-y donne  moi cet indice ?

    • …. J’avais le vertige….

    • Ah ! je sais, tu as sauté en parachute !

    • Non, ce n’est pas ça, mais tu n’es pas loin !

    • Tu as pris l’avion ?

    • Là, tu te refroidis encore plus.

    • Tu as grimpé sur une montagne ?

    • Tu y es presque, mais ce n’est pas le verbe approprié.

    • Hum ! Tu as escaladé une montagne !

    • Oui, ça y est, tu as trouvé !

    • ===============================================================================================
    • LE COURAGE

      ( par Emma)

      Sois fort dans l’épreuve,

      Sois fort dans le malheur,

      Il entend tes pleurs,

      Bas-toi !

      Pour le meilleur,

      Pour le pire,

      Mais surtout

      Crois en toi.

    • Car au fond de toi,

      Ton courage est là, bien là !

      =================================================================================================

     

    LE COURAGE

     

    (écrit par Noah)

     

     

     

    Courage veut dire : ne pas avoir peur.

     

    Courage : vertu d’entreprendre des choses difficiles,

     

    en surmontant sa peur.

     

    Moi, j’ai peur des clowns.

     

     

     

    Joseph est timide, il a du mal à se faire des amis. 

     

    Avec Manon, nouvelle élève de la classe, débute une belle histoire d’amitié.

     

     Manon ne lui rend pas la vie facile.

     

    Alors, pendant la récréation, Joseph va vers Manon:

     

     il lui demande de bien vouloir l’aider à faire son exercice de maths.

     

    Pour  Joseph, quel effort d’aller demander un tel service !

     

    Manon le sait, le sent : elle ne peut qu’accepter.

     

    ====================================================================================================

     

    Ces trois petits textes nous font  toucher du doigt trois aspects importants du courage, déjà sensibles dans l’enfance, et toujours présents lorsque l’expérience vient confirmer cette intuition.

     

     

     

    Voilà le texte d’une adulte dans la force de l’âge, confiant ce qu’un drame intime révèle du courage :

     

     

     

    • À ceux et celles qui pensaient

    • que je ne pourrais jamais me relever,

      que j’étais anéantie

    • par la mort subite de mon père,

      par la tragédie qui venait de me toucher

    • en plein cœur.

      Rien, ni personne n’avait envisagé ce drame.

      Accident, crime ou autre cause ?

    • Personne n’a jamais su.

      Force, envie, détermination,

      COURAGE

    • au coeur,

    • j’ai vaincu

    • l’atroce douleur.

    •                                                                                                          Gysèle Zebut
    • =====================================================================

      Nous avançons en âge, avec cette contribution de Marie-Claude About, qui se sent au bout d’une vie tourmentée, le courage de se retourner. Elle nous fait signe :

    • Les écrits sont reflets de la sémiologie,  signes pour sauver son âme, pour assurer un pouvoir, se donner bonne conscience.

    • Mais, briser le silence par les larmes du désespoir,

     

    et continuer à vivre ,

     

    • se fracasse à la simple notion métaphysique.
    • Alors, le mot : courage
    • prend tout son sens.
    • La solitude engendre l’isolement 
    • le roseau plie et se rompt. 

    • Où va t-on pouvoir, envers et contre tout, trouver ce courage ?

    • En soi?
    • Alors, vaincre la colère,
      • mue par l’injustice.

      Dans sa famille de sang?

    • Et si les rêves de la mère sont balayés
    • par la lame de fond de la réalité ?

    • Reste la famille humaine
    • À toucher du bout des doigts :
    • Nulle plage n’a reçu
    • les confidences, les blessures, les espoirs d’enfants.

    • Mais tout n’est pas perdu.
    • Se moquer du « qu’en dira t-on » est un droit
    •   et souvent un luxe pour beaucoup.

    • Et si le courage était 
    • dans la capacité de chacun-e à affronter ses « démons »,
    • à les vaincre?
    • Avec, pour trophées, paix, espoir, vie et mort.
    • Un peu d’empathie pour beaucoup de fraternité.
    • Marie-Claude ABOUT

     

    <!– p { margin-bottom: 0.25cm; line-height: 115%; background: transparent } –>

Lis tes ratures (3)

 

Temps de latence

et de lecture…

Lire des livres,

Suivre les lignes des livres,

Sortir les mots de leurs pages-cages,

Les mots affadis

D’avoir été trop dits,

D’avoir été tiédis,

Manipulés,

Décérébrés.

Suivre aussi lignes et  signes

Dans le cours de nos vies

Toujours inassouvies,

Jonchées de déchets,

Noyées de regrets étouffés.

LIS TES RATURES

bannies des traitements de textes

Fais-en comme d’ épluchures

Un compost

!

Relis ta copie

Biffe ce qui est à biffer :

Culte de la Santé Athée

allonger sa vie à tout prix

pour quoi pour qui ?

Culte d’une hygiène de Géhenne

pour chasser la poussière,

polluer terre et mer !

Culte du Labo Bio

Le mot Dieu mis à l’Index,

On jure par le mot Bio!

Culte du corps incorruptible

Le vieux singe le jeune

Qui rejette le vieux singe

qui se prive d’être sage !

La mort mise hors jeu

Se traite en statistiques

et perd toute mystique !

L’âme mise hors je

La voilà hors d’atteinte

quand s’imposent les craintes

Et la plainte de Job assis sur son fumier

Assommé

De l’avalanche de maux immérités

N’a plus à s’adresser

Qu’à lui-même

Puisqu’il a chassé Dieu

De la carte du monde.

Plains-toi aux satellites !

Plains-toi aux statistiques !

Aux plaisirs frénétiques !

Réfugie-toi dans la sapience qui n’est pas science,

Dans la patience du passé,

Du passé repoussé

Avec la poussière

Honnie.

Honni soit qui mal y pense !

A.G.

Lis tes ratures (2) : patience, sapience, pas science, sapiens

Bonjour, Platon !

Peste ! ces temps troublés nous mènent à retourner aux sources. Jamais l’allégorie de la caverne ne s’est révélée plus éclairante.

Je rappelle ce texte si célèbre :

L’allégorie de la caverne

(…) Figure-toi des hommes dans une demeure souterraine, en forme de caverne, ayant sur toute sa largeur une entrée ouverte à la lumière; ces hommes sont là depuis leur enfance, les jambes et le cou enchaînés de sorte qu’ils ne peuvent bouger ni voir ailleurs que devant eux, la chaîne les empêchant de tourner la tête ; la lumière leur vient d’un feu allumé sur une hauteur, au loin derrière eux ; entre le feu et les prisonniers passe une route élevée : imagine que le long de cette route est construit un petit mur, pareil aux cloisons que les montreurs de marionnettes dressent devant eux, et au-dessus desquelles ils font voir leurs merveilles (…) Figure-toi maintenant, le long de ce petit mur, des hommes portant des objets de toute sorte, qui dépassent le mur, et des statuettes d’hommes et d’animaux, en pierre, en bois, et en toute espèce de matière ; naturellement, parmi ces porteurs, les uns parlent et les autres se taisent ; (…) ces étranges prisonniers nous ressemblent (…) Ils n’ont jamais vu autre chose d’eux-mêmes et de leurs voisins que les ombres projetées par le feu sur la paroi de la caverne qui leur fait face. S’ ils pouvaient s’entretenir ensemble, ne penses-tu pas qu’ils prendraient pour des objets réels les ombres qu’ils verraient ?  (…)  Assurément, de tels hommes n’attribueront de réalité qu’aux ombres des objets fabriqués. Considère maintenant ce qui leur arrivera naturellement si on les délivre de leurs chaînes et qu’on les guérisse de leur ignorance. Qu’on détache l’un de ces prisonniers, qu’on le force (…) à marcher et à lever les yeux vers la lumière :  l’éblouissement l’empêchera de distinguer ces objets dont tout à l’heure il voyait les ombres. Que répondra-t-il si quelqu’un lui vient dire qu’il n’a vu jusqu’alors que de vains fantômes, mais qu’à présent, plus près de la réalité et tourné vers des objets plus réels, il voit plus juste ? (…)Et, si on l’arrache de sa caverne par force, qu’on lui fasse gravir la montée rude et escarpée, et qu’on ne le lâche pas avant de l’avoir traîné jusqu’ à la lumière du soleil, ne souffrira-t-il pas vivement, et ne se plaindra-t-il pas de ces violences ? (…)  À la fin, ce sera le soleil et non ses vaines images réfléchies dans les eaux ou en quelque autre endroit, mais le soleil lui-même à sa vraie place, qu’il pourra voir et contempler tel qu’il est. Il en viendra à conclure au sujet du soleil, que c’est lui qui fait les saisons et les années, qui gouverne tout dans le monde visible, et qui, d’une certaine manière, est la cause de tout ce qu’il voyait avec ses compagnons dans la caverne. Or donc, se souvenant de sa première demeure, de la sagesse que l’on y professe, et de ceux qui y furent ses compagnons de captivité, ne crois-tu pas qu’il se réjouira du changement et plaindra ces derniers ? Et s’ils se décernaient alors entre eux honneurs et louanges, s’ils avaient des récompenses pour celui qui saisissait de l’oeil le plus vif le passage des ombres, qui se rappelait le mieux celles qui avaient coutume de venir les premières ou les dernières, ou de marcher ensemble, et qui par là était le plus habile à deviner leur apparition, penses-tu que notre homme fût jaloux de ces distinctions, et qu’il portât envie à ceux qui, parmi les prisonniers, sont honorés et puissants ? Ou bien, comme le héros d’Homére, ne préférera-t-il pas mille fois n’être qu’un valet de charrue, au service d’un pauvre laboureur, et souffrir tout au monde plutôt que de revenir à ses anciennes illusions et de vivre comme il vivait ? (…).

Platon, L’allégorie de la caverne, La République, Livre VII, traduction E. Chambry.

Il me semble que ce texte résonne de manière stupéfiante avec notre époque où nous avons perfectionné nos chaînes au point de les rendre invisibles et, non contents de contempler les ombres projetées des réalités sur la paroi des illusions,nous nous focalisons sur des écrans de toutes tailles. Le Covid nous donnera-t-il « de souffrir tout au monde plutôt que de revenir à nos anciennes illusions et de vivre comme nous vivions ? » Nous redonnera-t-il l’envie du vide ?

Voilà le poème que cette résurgence platonicienne m’a inspiré :

Enchaînés

(Si Platon revenait parmi nous)

Il y a beau temps que des chaînes sans poids

- chaînes sans gêne -

ont pieds et poings lié

des captifs consentants,

non contents d’être dans la caverne

condamnés à scruter des ombres sur un mur.

De ces ombres projetées faisant figures plates

décomposées recomposées,

constituées de pixels,

ombres d’ombres saturées de clinquantes lumières

aplaties sur l’écran,

gorgées de faux vrai – de vrai faux,

Les ondes diffusent en continu,

sur leurs chaînes sans gêne,

- cette géhenne smart et soft

le mirage d’un monde opéré en temps réel à coeur ouvert

disséqué commenté rabâché

aplati avili.

Le captif avachi

au fond de son sofa,

soda poissant ses doigts,

somnole et se désole

de ceci de cela qu’il oublie

tout de suite,

car l’image chasse l’image,

le mirage, le mirage.

On ne sait plus qui plus quoi plus comment ni quand.

On accepte – captif consentant -

les inepties qui s’invitent sans gêne

dans la caverne moderne.

Captifs passifs poussifs

soupirent :

ce pourrait être pire !

Et remercient les chaînes – chaînes sans gêne -

de diffuser la peur, la peur qui les angoisse,

cette angoisse qui poisse qui poisse comme un soda,

les colle à leur sofa.

Il faut ça, faut bien ça

l’info sale, l’info faux,

pour que les prisonniers n’aient surtout pas envie

de voir les Vérités qui planent hors du monde,

bien loin de ce mirage de caverne moderne !

                                                                                        A.G.

En relisant l’allégorie de Platon, on peut voir le Covid 19 comme l’agent venu nous arracher au confort de l’illusion d’un village planétaire , d’une bulle sans bug offrant toutes les garanties de sécurité alors qu’elle repose sur une ultra-sophistication digne de l’apprenti-sorcier. L’arrachage ne peut se faire que dans la douleur, mais si l’on admet que c’est pour nous aveugler de Vérité et nous amener à la contemplation du Bien, le jeu en vaut la chandelle.

Le Sapiens, en nous, va-t-il se réveiller ? Retrouver la conscience de la science et non sa fascination ? Patience

Et, comme par hasard, je reçois ce texte d’Alain Tirot sur cette soeur du courage, qui fait mieux que rage : un remède contre le mal collatéral du virus, le confinement ?

PATIENCE ET LONGUEUR DE TEMPS

Six semaines de plus, le temps d’une longue patience qui est une vertu que les philosophes rattachent au courage, en tant que faculté de supporter, et d’endurer. Jankélévitch en parle comme d’un « petit courage », le courage étant pour lui « à la vie, à la mort ». (…) Comme l’écrit Merleau- Ponty :  L’héroïsme ne se prêche pas, il s’accomplit : (…) celui qui peut encore parler ne sait pas de quoi il parle .

Je propose simplement un exercice de l’esprit pour aider à mieux vivre le temps du confinement.J’écarte d’emblée une certaine conception de la patience comme acceptation passive de ce qui arrive (…)  ; comme l’écrit Nietzsche : La patience est le pire des maux car elle prolonge la peine de l’homme. Souhaitant parler de façon positive de la patience comme force contre les passions tristes nées du confinement prolongé, il m’a paru intéressant d’aborder la question de la patience par son contraire, l’impatience. (…)

Que se passe-t-il quand je suis impatient ? Je souhaite quelque chose, je voudrais que ça aille vite, ça n’arrive pas et ça me contrarie, alors je m’énerve.Si j’analyse cette séquence, je vois que l’impatience, et donc son contraire, la patience, se situe au carrefour de trois éléments qui mettent en jeu un affect spécifique. Il y a d’abord le souhait, le besoin, le voeu , bref quelque chose qui a à voir avec le désir. Il y a ensuite la contrainte, la contrariété, je n’ai pas la maîtrise de la situation, je suis impuissant devant ce qui s’oppose à mon désir. Il y a enfin la durée, le temps qui s’écoule avant la réalisation du désir, ce qui est vrai aussi bien dans le très court terme que dans le long terme. Le désir, l’impuissance et la durée sont les trois éléments qu’il va falloir analyser pour ne pas tomber dans l’affect de colère ou d’ennui.

Il n’est pas sans intérêt de s’interroger sur la nature du désir qui est en jeu. S’agit-il d’une envie compulsive ou bien s’agit-il d’un enjeu vital ? Bien entendu, dans l’immédiateté de l’impatience on ne se pose pas ces questions, on réagit. Mais, sur la durée, on ne pourra pas échapper aux affects négatifs sans réflexion, ou, comme l’écrit Spinoza dans son Tractatus, à condition d’y avoir réfléchi.

Quand l’enjeu est vital, le désir doit rester vif, car c’est la vie même.  Dans la circonstance actuelle du confinement, il ne faudrait pas que la passivité l’emporte. (…) Ce risque existe car abandonner tout désir serait une façon d’atténuer la souffrance de la situation : on sait que le mot patientia a quelque affinité avec le verbe patior qui a donné pâtir, souffrir, et on ne s’étonnera pas que la patience ait quelque lien avec la souffrance.

Face à l’impuissance, on se souviendra, là encore, de Spinoza : « L’homme n’est pas un empire dans un empire ». On n’a pas la maîtrise face à la nécessité. Beaucoup d’éléments de notre vie se déroulent sur le champ de la nécessité. On se souvient des critiques de Nietzsche sur le libre-arbitre, sur l’illusion d’une certaine forme de liberté. Mais on sait aussi qu’il y a en nous la force d’accepter le destin, l’amor fati. Prendre en compte la nécessité est chose difficile parce qu’on n’a pas l’habitude de penser à toutes ces choses. Il faut changer d’horizon de pensée. La réalité résiste..

La durée, c’est l’expérience du temps qui passe, à la fois le passé et le futur qu’on imagine. Quand ce futur n’est pas daté dans le temps, on est désemparé, voire angoissé. Il me semble que, pour répondre à cette angoisse, il est bon de se situer dans l’instant, dans le maintenant ouvert à ce qui peut advenir, profiter du présent qui est déjà une éternité. C’est l’expérience de celui qui dit et pense : « J’ai le bonheur d’exister ».

Peut-être alors sera-t-il possible, dans la rumination de ces pensées, de maintenir la distance face au pathos, en acceptant l’inadmissible ?

alain.tirot@orange.fr

 

Carpe diem

Carpe diem

Atelier Du Cran par Écrans (suite)

L’atelier a commencé avec l’idée de faire vivre la manifestation du « Printemps des Poètes 2020″, d’une façon adaptée aux circonstances…  jusqu’à proposer à chacun d’inventer son vaccin anti-virus.

Au labo des mots, les fouilleurs d’imaginaire poursuivent leur recherche.

 

Voici les textes reçus ce matin, de deux Catherine (s)  :

 

Les enfants et les oiseaux

 

Il était une fois …..

Il y a très très longtemps …..

Un mal étrange et inconnu sévissait

 

La plupart des parents étaient fatigués, certains ne jouaient plus avec

leurs enfants, d’autres ne riaient plus, d’autres encore ne vaquaient plus

à leurs activités habituelles.

Bizarrement ce mal semblait épargner les enfants et surtout les oiseaux,

qui n’avaient jamais chanté aussi bien.

Pâques approchait.

Les enfants, craignant de ne pas trouver de chocolats cachés dans les

jardins, se réunirent.

Clochette se rassurait à l’idée que sa maman la mettrait sous cloche, s’il

advenait que le mal empire ;

Charlie crânait car son papa dirigeait la chocolaterie ;

La famille de Cagnotte envisageait de s’exiler au bout du monde grâce à

sa fortune ;

Chez les Bismuth, pharmaciens de père en fils, on comptait sur le Professeur Merlin, cousin du neveu de la grande tante, pour trouver un nouveau remède ;

Carotte avait compris que le potager, unique fortune de sa famille, les

sauverait de la famine ;

Baba se désolait car son père, pâtissier de son état, ne fabriquait plus de gâteaux et encore moins d’oeufs en chocolat.

Les semaines passaient, sans qu’aucune amélioration ne se dessine !!

Bien au contraire :

La famille de Clochette avait perdu tout son éclat ;

Le papa de Charlie avait dû fermer la chocolaterie, faute d’ouvriers ;

La bourse s’étant effondrée, la richesse de la famille Cagnotte s’était

envolée ;

Le professeur Merlin ayant succombé au virus, l’état de santé des

Bismuth était inquiétant ;

Carotte trouvait la vie difficile car elle n’aimait pas tellement les légumes – surtout sans pain et sans chocolat au goûter - ;

Baba espérait que le roi trouverait une solution rapidement, faute de quoi

la pâtisserie baisserait définitivement le rideau.

Les enfants décidèrent de consulter les oiseaux, qui continuaient à voler et à chanter à tue-tête.

À l’issue de ce congrès exceptionnel, Colibri, le délégué officiel des oiseaux, dont le frère vivait en Amazonie et avait beaucoup appris des Indigènes, délivra ses conseils.

La famille de Clochette, qui s’oxygénait davantage et faisait beaucoup

d’exercice, retrouva son éclat ;

La chocolaterie fonctionnait à plein régime, car le papa de Charlie veillait

mieux au soin de ses ouvriers ;

La famille de Cagnotte avait oublié ses déboires financiers et consacrait

son ingéniosité à aider le village ;

Les Bismuth, grâce aux archives scientifiques du professeur Merlin et forts des conseils du frère de Colibri, concoctaient des remèdes miracle ;

Il fallut agrandir sensiblement le potager de Carotte, la consommation de

légumes ayant plus que doublé.

Suivant les conseils de Colibri, chacun fit sa part et, peu à peu, la joie de

vivre et la santé revinrent.

Mais il fallut du temps – et Pâques était passé.

L’année suivante, Baba put organiser une chasse aux

œufs géante où furent conviés tous les villageois, les enfants et les

oiseaux.

Catherine Duminil

=========================================================================================================

Maman, les mots sont des clés

Les mots sont des clés

Ouvrant fermant

Les cellules

Dans la prison de soi

Les mots sont deux portes de grange

Sur le mur blanc

S’y engouffre en courant

Le troupeau laineux des phrases

D’où Il ressort flageolant

Comme après une bagarre

Je le regarde s’égailler

Les mots sont des portes de cuisine

Par où se goûte l’être humain

Les mots sont des bouches

De partout les mots se boivent

Comme du thé russe ou du whisky

Maman les mots sont des cristaux de larmes

Nuage rose barbe à papa

Au trou de la serrure en forme de bouche

Un mot comme le ciel

où des ballons ont aussi des noms

Catherine Weber

=======================================================================================================

En prime, ce scoop en exclusivité :

Vaccin anti-découragement

concocté dans le repère du Bord du Bois

à l’insu des media

Le principe de la vaccination consistant à inoculer les germes d’une certaine maladie pour susciter les défenses de l’organisme, VOICI LE VACCIN ANTI-DÉCOURAGEMENT

à inoculer en plusieurs prises, grâce au piratage du Labo de l’Info Faux :

- Hautes doses de passivité

- Infos angoissantes en continu génétiquement modifiées

- Pelletées de contradictions

- Prêt à penser cultivé hors sol

- Fermeture d’esprit

- Gavage en tous genres

-

Excipients : envie, jalousie, comparaison ; surcharge le corps – négligence de l’esprit ; cultivez le tout-fait et coupez la main ;

effets secondaires souhaités : choc, éveil, ouverture d’yeux, éblouissement, retour aux sources, créativité, liberté.

Adeline Gouarné

 

 

Lis tes ratures 1

l'arbre accepte ses calices, même imparfaits

l’arbre accepte ses calices, même    imparfaits

En ouvrant la cage

des mots des phrases

figés en pages

à barreaux,

 sens nouveaux

se libèrent

 noyaux joyaux joyeux jeux.

Si je convertis :

« la mort » en « l’âme hors »

je sens qu’elle est

« hors je »

comme l’âme est « hors jeu » depuis longtemps

dans notre monde.

                                                                                   Adeline Gouarné